Pays (nom masculin, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom masculin 

I. ay se prononce é-i
X e siècle, païs , « région habitée, plus ou moins nettement délimitée ». Issu du latin médiéval pagensis (ager, territorium) , « (champ, territoire) du canton », lui-même dérivé de pagus , « village, canton ».

I. Chacun des territoires entre lesquels est divisée l'étendue géographique des continents.
1. Partie d'un territoire qu'on distingue en raison de diverses particularités, géographiques, historiques, humaines, etc. (est alors précisé par un complément de nom, un adjectif). Pays de Caux, Pays d'Ouche. Pays de Galles. Le Pays basque, le niçois. Arrière-pays , voir ce mot. Par ext. Pays latin , ancien nom du Quartier latin . Pays d'états , par opposition à Pays d'élections, voir et Élection. Pays coutumier ou de coutume , où l'on suivait une coutume provinciale ou locale, par opposition aux Pays de droit écrit , où le droit romain dominait. Pays de gabelle , où cet impôt était perçu. Pays d'obédience , voir .
2. Territoire délimité par des frontières, sur lequel s'étend une même autorité politique et qui abrite une population constituée en nation ; par ext., l'État institué sur ce territoire. Pays d'Europe, d'Afrique. Pays occidentaux, orientaux. Pays scandinave, germanique. Avoir la nationalité de tel . Partir vivre en étranger. Les membres d'un organisme international, d'un pacte, d'une alliance. La capitale d'un . Pays jeune , récemment constitué en État. Pays développé, en voie de développement. Pays industrialisé. Pays démocratique, totalitaire. Pays communiste, socialiste . Par méton. L'ensemble des habitants d'un tel territoire. Le chef de l'État s'adressera au . Le s'est prononcé par référendum. Pays légal, réel, voir . Le s'était révolté contre l'impôt. 3. Par ext. Fam. Agglomération quelconque, ville, village. Habiter un petit . C'est un perdu , un lieu à l'écart, où il y a peu de ressources. Par méton. L'ensemble des habitants de cette agglomération. Tout le accourut sur les lieux du drame. Un brave homme apprécié de tout le . S'emploie pour désigner le regroupement, en une entité dotée de compétences en matière de culture locale, de tourisme, etc., de certaines communes unies par des réalités naturelles.
4. Spécialt. Pour un individu, le territoire sur lequel il est né, qui lui a donné sa nationalité ou, simplement, la contrée, la région, la localité où il est né, qu'il habite (est généralement accompagné d'une indication de possession). Aimer, défendre son . Mourir pour son , sa patrie. Quitter son natal, le de son enfance. Il n'est jamais sorti de son . Le mal du , voir . Retourner, rentrer au , dans sa province natale, son village d'origine. Expr. fig. Cet homme est bien de son (vieilli), il est simple, crédule. Iron. De quel venez-vous ? se dit à une personne qui ignore ce que tout le monde sait. Prov. Nul n'est prophète en son , un homme de mérite est souvent moins considéré, moins vite reconnu par ses compatriotes qu'à l'étranger ou loin de chez lui. Titre célèbre : Cahier d'un retour au natal , d'Aimé Césaire (1947). Absolt. Le , la région, la localité où l'on se trouve. Un enfant du , originaire du village, de la région. J'habite, je connais le . Produits du . Vin de , vin qu'on boit localement, qu'on vend dans la région où il a été récolté. Ce petit vin de voyage mal .

II. Vaste étendue de terre.
1. Au singulier, dans des locutions et expressions. Voir du , se déplacer, voyager. Faire voir du à quelqu'un , l'entraîner plus loin qu'il ne l'aurait voulu et, fig., le réprimander ou l'obliger à se donner beaucoup de peine. Être en de connaissance , voir . Se trouver en inconnu. À vue de , à première vue, en se fiant aux apparences. Battre du (fig.), parcourir bien des lieux et, fig., traiter de sujets nombreux, variés. Battre le , explorer une contrée pour recueillir des renseignements sur l'ennemi.
2. Accompagné d'un adjectif, d'un complément caractérisant une étendue plus ou moins vaste par référence à des données naturelles, humaines, économiques, etc. Pays froid, chaud. Pays tempérés. Pays montagneux, marécageux, désertique. Pays plat, de plaine. Plat , se dit par opposition à Haut , désignant une zone de montagnes. Haut , bas s'emploient aussi en fonction de la position d'un territoire relativement à divers repères géographiques, notamment au cours des fleuves, à la proximité de la mer. Pays à blé. Pays de bois. Pays de chasse, de pêche. Pays fertile, inculte. Vivre en chrétien, animiste, bouddhiste. Pays de mission , voir . Cette province est un de langue française, de culture espagnole . Par ext. Pour désigner un lieu favorable à quelque chose, réputé pour quelque qualité. Un d'hommes libres, de liberté. Le de la douceur de vivre, de la bonne chère . Expr. Un de cocagne , où l'on a tout à profusion et sans peine. Fig. Le des songes , le sommeil. Le d'où l'on ne revient pas , la mort. Titre célèbre : Alice au des merveilles , de Lewis Carroll (1865).


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Territoire d'un peuple, d'une nation. "Pays riche, florissant. Pays catholique. Pays protestant. Pays civilisé. En nègre. Voyager en étranger. Il a visité tous les du monde. Chaque a ses usages, ses moeurs, ses habitudes. Telle est la coutume, tel est l'usage constant du ".
"Pays d'états" se disait des Provinces de France où les impositions étaient consenties et réparties par l'assemblée des états; "Pays d'élection," de Celles où les impositions étaient réparties par des agents du pouvoir central appelés "élus".
"Pays d'obédience" se disait des Provinces où le pape nommait à certains bénéfices.
"Pays coutumier" se disait du Pays où l'on suivait une coutume provinciale ou locale; et "Pays de droit écrit", du Pays où l'on suivait le droit romain.
"Le latin" s'est dit à Paris du Quartier où se trouvent la Sorbonne et la plupart des écoles. On dit plutôt aujourd'hui "le Quartier latin."
Fig., "Pays de cocagne," Pays où tout abonde, où l'on fait bonne chère à bon marché.
PAYS signifie, par extension, Patrie ou Province natale. "La France est mon . Mourir pour le salut de son . Aimer son . L'amour du . Défendre, sauver son . Il n'est jamais sorti de son . Quitter son . Retourner dans son . De quel êtes-vous? Je suis né en Touraine : c'est mon ."
Fig., "Cet homme est bien de son ," Il a bien le caractère des gens de son . Il signifie aussi : Il est bien simple, bien crédule. "Vraiment vous êtes bien de votre pour croire de pareilles absurdités."
Prov., "Nul n'est prophète en son ," Un homme de mérite est souvent moins considéré dans son que dans tout autre.
PAYS désigne aussi, dans un sens restreint, le Village auquel on appartient. "Aller au . Descendre au ." Il est familier, excepté dans cette phrase : "Avoir le mal du ," Être triste, abattu, malade parce qu'on est éloigné de son et qu'on désire vivement y retourner.
PAYS signifie aussi Région, contrée. "Pays à blé. Pays de bois. Pays de chasse. Pays gras, maigre, riche, pauvre, stérile, fertile, inculte. Pays montagneux, marécageux. Pays chaud, froid, humide. Pays peuplé. Haut . Bas ."
"Pays plat," Pays de plaines, par opposition à "Pays montueux"; et "Plat ," La campagne.
"Vin de ," Petit vin qu'on boit dans le où il a été récolté. "Voilà d'assez bon vin pour du vin de ."
"Gagner ," Avancer, faire du chemin. "La nuit vient, gagnons ."
En termes de Guerre, "Battre le ," Explorer, reconnaître le .
"Battre du ", Voir, parcourir beaucoup de lieux différents; et, figurément, Traiter beaucoup de sujets différents.
"Voir du ", Voyager.
Fig. et fam., "Faire voir du à une personne," L'obliger à prendre bien de la peine, lui susciter beaucoup d'embarras. Il signifie aussi, par extension, Entraîner une personne plus loin qu'elle ne l'eût voulu.
Fig. et fam., "Savoir la carte du ", Connaître les gens avec qui on doit vivre.
Fig., "Être en de connaissance," Se trouver parmi des gens de sa connaissance. Il s'applique aussi en général à Toutes les choses que l'on connaît.
Fig., "Parler, juger à vue de ," Parler, juger d'après un premier aperçu et avant d'avoir approfondi les choses.
Fig., "De quel venez-vous?" se dit d'une Personne qui ignore quelque chose que tout le monde sait.
Fig., "Un perdu," Un lieu où il y a peu de ressources, et, particulièrement, Un quartier éloigné du centre des affaires et de la société. "Vous habitez un perdu. Il est allé se loger en perdu".
PAYS s'emploie quelquefois figurément. "Les modernes ont découvert dans les sciences de nouveaux pays, des inconnus. Il faut renvoyer cela au des chimères".
PAYS signifie, populairement, Compatriote; et il fait au féminin "Payse. C'est mon , c'est un de mes . Bonjour, . Elle a rencontré une de ses es."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Région, contrée.
PASC.: « Des sont tous de maçons, d'autres tous de soldats »
BOSSUET: « Leurs années [des hommes] se poussent comme des flots ; ils ne cessent de s'écouler, tant qu'enfin après avoir fait un peu plus de bruit et traversé un peu plus de les uns que les autres.... »
RAC.: « Quel reculé le cache à mes bienfaits ? »
VOLT.: « Ce célèbre Huniade montra que, s'il avait été mieux secouru, les chrétiens n'auraient pas perdu tous les que les mahométans possèdent en Europe »
    Pays plat, de plaine, par opposition à montueux.
    Plat , la campagne par opposition aux lieux fortifiés.
ROLLIN: « Les combats précédents vous ont rendu maître du plat »
    Le haut , la partie montagneuse d'une contrée.
SACI: « Il partit d'Antioche, capitale de son royaume, en la cent-quarante-septième année, passa l'Euphrate et traversa le haut »
    Terme de chasse. Grand , grand bois, grande étendue de terrain dans laquelle on chasse.
    Pays de chicane, nom que les militaires donnent à des terrains entrecoupés, accidentés, propres à une guerre d'embuscades.
    Courir le , aller çà et là dans un .
J. J. ROUSS.: « Eh ! mon enfant, me dit-elle, d'un ton qui me fit tressaillir, vous voilà courant le bien jeune »
    Fig. Courir le , être l'objet du bruit public.
LA FONT.: « Il enferme sa femme en une tour carrée, Lui va soir et matin reprocher son forfait ; Cette honte qu'aurait le silence enterrée, Court le et vit du vacarme qu'il fait »
    Passer , traverser un canton.
SÉV.: « Ce qui me fâche, c'est de ne recevoir de vos lettres qu'à Nantes ; je ne les hasarderai point en passant »
SAINT-SIMON: « Henri IV passait à cheval avec une très petite suite »
    Gagner , du , voy. GAGNER, n° 14.
    Tirer , s'en aller, s'enfuir, voy. TIRER.
    Battre du , parcourir beaucoup de lieux différents.
    Fig. Battre du , traiter beaucoup de sujets différents.
SÉV.: « Nous causons fort agréablement, le maître du logis et moi ; je ne sais quel nous ne battons point »
    Terme de guerre. Battre le , l'explorer.
    Voir le , parcourir un pour l'examiner.
VOLT.: « Elle a voulu voir le ; c'est une petite satisfaction qu'on ne doit pas refuser à une personne de son âge »
    Voir du , voyager.
SÉV.: « Ce mois-ci ne m'a pas paru si immense que l'autre, c'est que je n'ai pas vu tant de »
FONTEN.: « Astolfe, qui ne demandait qu'à voir du , ne se fait point prier »
J. J. ROUSS.: « Voir du est un appât auquel un Génevois ne résiste guère »
    Fig. Faire voir du à un homme, lui donner de l'exercice, de la peine, lui susciter beaucoup d'affaires.
SÉV.: « Si vous prenez le chemin de dire : qu'est-ce que cent écus plus ou moins ? ce style fait bien voir du »
FÉN.: « Perpenna le traître me fit mourir ; sans lui j'aurais fait voir bien du à mes ennemis »
LESAGE: « Par ma foi, monsieur Turcaret, je vous ferai bien voir du , sur ma parole »
    À vue de , voy. VUE.
    Fig. Savoir la carte du , connaître les gens avec qui l'on a à faire.
    Être en de connaissance, se trouver parmi les gens de sa connaissance, et aussi connaître ce dont il s'agit.
SÉV.: « Cette société plaît fort au marquis.... il est en de connaissance »
    Familièrement et fig. De quel venez-vous ? se dit à celui qui ignore une nouvelle, une chose connue de tout le monde.
MARIVAUX: « De l'amour nous fâcher ! de quel venez-vous donc ? »

 2   Pays considéré par rapport à certaines conditions politiques ou administratives. Pays d'états, provinces de France où la noblesse, le clergé et la bourgeoisie nommaient des états provinciaux qui accordaient et asseyaient les impôts.
    Pays d'élection, provinces où les impositions étaient assises par les élus et autres officiers créés à cet effet.
    Pays d'obédience, provinces où le pape nommait à certains bénéfices.
    Pays de concordat, se disait des provinces où les matières bénéficiales devaient être réglées selon le concordat fait entre François Ier et Léon X.
    Pays de franc-salé, provinces qui étaient exemptes de la gabelle.
    Pays conquis, les conquêtes faites par la France depuis Louis XIII.
    Pays coutumier, provinces où l'on suivait une coutume locale. Pays de droit écrit, provinces où l'on décidait les affaires par l'autorité du droit romain.
    Pays de sapience, nom donné à la Normandie, parce que la coutume des Normands était une des plus sages de France.
    Pays rouges, où existaient les cours vehmiques.

 3   Particulièrement. Région, contrée, ville où l'on est né, patrie.
CORN.: « Avant que d'être à vous, je suis à mon »
CORN.: « Préparez-vous à voir vos désolés »
CORN.: « Mon , mes enfants, pour vous j'ai tout quitté »
CORN.: « Du doux de nos aïeux Serons-nous toujours exilées ? »
CORN.: « Ce temple est mon , je n'en connais point d'autre »
LA BRUY.: « La prévention du , jointe à l'orgueil de la nation, nous fait oublier que la raison est de tous les climats, et que l'on pense juste partout où il y a des hommes »
FONTEN.: « Le mérite de M. Guglielmini fut reconnu jusque dans son »
BÉRANG.: « Vous que j'appris à pleurer sur la France, Dites surtout aux fils des nouveaux preux Que j'ai chanté la gloire et l'espérance Pour consoler mon malheureux »
    Absolument. Le , la patrie.
CORN.: « Mourir pour le n'est pas un triste sort ; C'est s'immortaliser par une belle mort »
CORN.: « L'intérêt du n'est point ce qui l'engage »
RAC.: « De l'amour du noblement transporté »
    On a accusé de néologisme pour patrie :
A. DE MUSSET: « C'est comme la patrie, vieux mot assez usé ; on dit le ; voyez nos orateurs, ils n'y manqueraient pas pour dix écus Les exemples ci-dessus montrent que l'accusation est mal fondée. »
    Fig. et familièrement. Il est bien de son , il est bien simple, bien malavisé (locution provenant de ce qu'il n'y a rien qui forme tant les hommes que les voyages).
LA FONT.: « Va, déloyal, va-t'en, je te le dis : Je suis bien sotte et bien de mon De te garder la foi de mariage »

 4   Plus particulièrement encore. Le canton, la localité où l'on est né (sens le plus voisin de la signification étymologique) ; en cet emploi, il se dit d'ordinaire sans adjectif possessif.
VOLT.: « Il est certain que, si elle n'avait pas été mangée, elle serait revenue au »
PICARD: « Tant qu'au le cousin restera »
P. L. COUR.: « Dis au général d'Anthouard que, si je ne vais au , je suis ruiné sans ressource »
PICARD: « Dès lors on me conseilla de quitter le : va-t'en, Blondeau, va-t'en, me dit un de nos voisins ; que veux-tu faire ici, ayant fâché le maire ? »
    Vin de , vin recueilli dans le canton, lorsque le canton n'a pas un cru renommé.
    Des grammairiens condamnent l'Académie et veulent qu'on dise vin du ; mais l'Académie n'a fait qu'enregistrer l'usage ; puis vin de et vin du ne sont pas synonymes : le vin du , c'est le vin du dans lequel je suis, un vin du voisinage ; vin de est un vin du voisinage, mais sans renommée.
    Cheval de , celui dont la race est originaire du .
    Mal du , désir violent et qui rend malade, de revoir le canton où l'on est né (voy. NOSTALGIE).

 5   Par catachrèse et populairement. Celui qui est du même , du même canton.
VOLT.: « Mon cher , secourez-moi, lui-dis-je »
J. J. ROUSS.: « C'est une bonne femme qui verra avec plaisir un de son fils et de son mari »
    Au féminin, e.
MARMONTEL: « Messieurs, dit-il, je vous la recommande, C'est ma e, elle est jeune et friande »

 6   Les habitants mêmes du . Chaque a ses usages, ses moeurs.
    Pays légal, nom donné, dans le langage parlementaire, à l'ensemble des citoyens qui remplissent les conditions du cens électoral, par opposition à suffrage universel.

 7   Fig. Un perdu, une localité éloignée, un lieu où il y a peu de ressources, un quartier éloigné du centre des affaires ou de la société.
PIRON: « Où la vas-tu chercher [la gloire] ? ce temple prétendu, Pour parler ton jargon, n'est qu'un perdu »

 8   À Paris, le latin, le quartier où sont la plupart des colléges.
MAYNARD: « Les rois du latin Ont pour sceptre une férule »
CAILLIÈRES: « Ce qui est mien, ce qui est sien, ce qui est vôtre sont des expressions venues du quartier de l'Université, qu'on appelle autrement le latin »
    Pays de cocagne, lieu où l'on a tout à souhait (voy. COCAGNE).

 9   Fig. Il se dit de tout ce que l'on compare à un .
CORN.: « Mais puisque nous voici dedans les Tuileries, Le du beau monde et des galanteries »
LA ROCHEFOUC.: « Quelque découverte que l'on ait faite dans le de l'amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues »
LA FONT.: « Je définis la cour un où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paraître »
SÉV.: « Il y a des coeurs délicats ; quand cela se trouve avec un esprit sec, cela fait des progrès merveilleux dans le de la jalousie »
SÉV.: « C'est un [la cour] qui n'est point pour moi »
SÉV.: « Nous dévidons beaucoup de chapitres, et de tous nous revenons à vous »
BOSSUET: « C'est trop se moquer de ne les faire savants [Pétau et Huet] que par les fautes dont on les accuse, et de ne prouver leurs voyages dans les vastes de l'antiquité que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés »
D'ALEMB.: « Le de l'érudition et des faits est inépuisable »
    Le d'où l'on ne revient pas, le tombeau, la mort.
GUI PATIN: « Lui ont donné trois fois le vin émétique, et l'ont envoyé au d'où personne ne revient »

 10   Familièrement et par plaisanterie. Une partie du corps. Le , les d'en bas, les parties inférieures du corps.
SÉV.: « Parlez-moi un peu de votre santé en détail ; car vous avez des , hélas ! où il s'est fait autrefois de grands ravages »

 11   Les Pays-bas, la Belgique et la Hollande.
    Par plaisanterie. Les Pays-bas, les parties inférieures du corps.
GRESSET: « Par cas fortuit, l'enfant de choeur Lucas Avait usé l'étui des Pays-bas »

PROVERBES
    Autant de , autant de guises, c'est-à-dire les peuples ont des moeurs différentes.
    Il est sots de tous , dans les lieux les plus polis il se trouve des gens qui n'ont guère d'esprit.
    Pays ruiné vaut mieux que perdu, se dit pour excuser le dégât qu'on fait en quelque province pour empêcher les ennemis d'y subsister et de s'en emparer.
    Accommodez-vous, le est large, c'est-à-dire il y a lieu de s'accommoder sans incommoder un autre.
    Bon , mauvais chemin, c'est-à-dire là où la terre est bonne les chemins sont fangeux et mauvais.
    Nul n'est prophète en son , c'est-à-dire un homme de mérite est ordinairement moins considéré en son qu'ailleurs.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. II: En cest païs nous est venuz confondre
    XIIème siècle
     Couci, XXIV: Chascun plore sa terre et son païs, Quant il se part de ses coraus amis [amis de coeur]
     Sax. XVI: Alemaigne [ils] ont destruite, le grant païs plenier
    XIIIème siècle
     Berte, LXVII: Mout a eü grant guerre au païs longuement
     ib. XLVII: Par estrange païs [je] quiers mon chevissement [ma subsistance]
     ib. CXXXIII: Tout li païs i ert [était] venus communement
    XVème siècle
FROISS.: « Le d'Angleterre estoit en branle et en differend l'un contre l'autre »
CH. D'ORL.: « Alez vous en, prenez païs, Yver, vous ne demourrez plus »
COMM.: « Et ferma ledit conte un grand de son charroy et de son artillerie, et mist tout son ost dedans »
    XVIème siècle
MONT.: « Cette isle [l'Atlantide] tenoit plus de païs que l'Afrique et l'Asie ensemble »
MONT.: « Les seigneurs de Carthage, voyants que leur se depeuploit.... »
MONT.: « Ils vivent en une contrée de très plaisante »
MONT.: « Le roy Emmanuel leur donna le temps de vuider ses »
MONT.: « Pour remettre son païs en liberté »
TH. DE BÈZE: « Ô mon doux ! Je meurs loin de vous, Voire et volontiers ! »
FONTAINE: « Chauffour, Réformateurs du XVIe siècle, t. I, p. 391. Qui a n'a que faire de patrie ; duquel nom tous les anciens poetes et orateurs françois en ceste signifiance l'ont usurpé »

ÉTYMOLOGIE
    Bourg. poyi, paï ; provenc. , pais, paes, pahis ; espagn. pais ; portug. paiz ; ital. paese. Les formes en es, ese viennent du latin pagensis ; les formes en is viennent de pagesius, tous deux dérivés de pagus, canton : ager pagensis ou pagesius, territoire d'un canton, d'où, par extension, région, patrie.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE PAYS. Ajoutez :

 12   Avancer , faire du chemin.
    Fig. Avancer , avancer en âge.
SÉV.: « Je n'en ai pas une [incommodité], et n'ayant pas ouï dire qu'en avançant , on trouvât la parfaite santé... »

 13   Pays s'est dit, sous l'ancienne monarchie, de l'assemblée des États généraux de la province, dans les d'États.
     Mlle de Scudéry, p. 171, par Rathery et Boutron, Paris, 1873: Il y a lieu de craindre que nous ne puissions pas faire mettre Notre-Dame-de-la-Garde [le gouvernement de Scudéry] sur le [aux frais de la province]

 14  
VOLT.: « Pays, au sens de la population qui l'occupe On les bat trop ; les chanoines les accablent ; et vous verrez que tout ce -là, qui doit nourrir Versoy, s'en ira en Suisse, si vous ne le protégez »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Région, contrée. "Bon . Pays à blé. Pays de bois. Pays de chasse. Pays gras, maigre, riche, stérile, fertile, inculte, abondant. Pays montueux, montagneux, marécageux. Pays ouvert. Pays chaud, froid, humide. Mauvais . Beau . Les étrangers. Les lointains. Pays ruiné, désolé. Pays peuplé. Pays désert. Pays perdu. Je ne suis jamais allé dans ce -là. Je lui ferai vider le . Je le ferai sortir du . Il a bien vu du , bien fait, bien parcouru du . Il a visité, parcouru tous les du monde. L'homme est le même en tout . Courir le . Aller par le . Reconnaître le . S'habituer dans un . Il a fait cette carte à vue de . Les gens du m'ont assuré cela. Haut . Bas ."
Il se dit quelquefois Des habitants mêmes du . "Chaque a ses usages, ses moeurs, ses habitudes. Telle est la coutume, tel est l'usage constant du . Pays riche, florissant. Pays catholique. Pays protestant. Pays civilisé."
"Pays plat, de plaines," par opposition à "Pays montueux;" et "Plat ," La campagne, par opposition aux lieux fortifiés.
"Pays d'états," se disait Des provinces de France où les impositions étaient consenties et réparties par l'assemblée des états; "Pays d'élection," de Celles où il y avait des généralités et des élections établies; et, "Pays d'obédience," de Celles où le pape nommait à certains bénéfices.
"Pays conquis." On nommait ainsi Les conquêtes faites par la France, depuis le règne de Louis XIII.
"Pays coutumier," se disait Du où l'on suivait une coutume provinciale ou locale; et, "Pays de droit écrit," Du où l'on suivait le droit romain.
À Paris, "Le latin," Le quartier où sont la plupart des colléges.
"Le de sapience," La Normandie.
"Les Pays-Bas," La Belgique et la Hollande.
Prov. et fig., "Pays de cocagne," Pays où tout abonde; où l'on fait bonne chère à bon marché.
"Vin de ," Vin recueilli dans le canton: cela se dit d'Un vin qui n'est pas de la première qualité, qui n'est pas d'un vignoble fameux. "Voilà d'assez bon vin pour du vin de ."
"Gagner ," Avancer, faire du chemin. "La nuit vient, gagnons ."
Pop., "Tirer ," S'enfuir, s'évader.
En termes de Guerre, "Battre le ," Explorer, reconnaître le .
"Battre du ," Voir, parcourir beaucoup de lieux différents; et, proverbialement et figurément, Traiter beaucoup de sujets différents.
Prov. et fig., "Faire voir du à une personne," Lui donner bien de l'exercice, bien de la peine, lui susciter beaucoup d'embarras.
Fig. et fam., "Savoir la carte du ," Connaître les gens avec qui on a à vivre.
Prov., "Être en de connaissance," Se trouver parmi des gens de sa connaissance. Il s'applique aussi en général à toutes les choses que l'on connaît.
Prov. et fig., "Parler, juger à vue de ," Parler, juger d'après un premier aperçu, et avant d'avoir approfondi les choses.
Prov., "De quel venez-vous?" se dit À une personne qui ignore quelque chose que tout le monde sait.
Fig., "Un perdu," Un lieu où il y a peu de ressources; et, particulièrement, Un quartier éloigné du centre des affaires et de la société. "Vous habitez un perdu. Il s'est allé loger en perdu."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Patrie, lieu de naissance. Il s'entend quelquefois de Tout l'État dans lequel on est né; et quelquefois de La province, de la contrée, de la ville où l'on a pris naissance. "Pays natal. La France est mon . Mourir pour le salut de son , pour la gloire de son . Aimer son . L'amour du . Défendre, sauver son . Il n'est jamais sorti de son . Quitter son . Retourner dans son . Il a encore l'accent de son . De quel êtes-vous? Ils sont du même . La Bretagne était son . Rennes est son ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



dans l'acception qui précède, s'emploie quelquefois sans adjectif possessif. "Écrire au . Recevoir des nouvelles du . Retourner au ." Il est populaire, excepté dans cette phrase du style familier, "Avoir la maladie du ," Être triste, abattu, malade, parce qu'on est éloigné de son , et qu'on désire vivement d'y retourner.
Prov. et fig., "Nul n'est prophète en son ," Un homme de mérite est ordinairement moins considéré dans son qu'ailleurs.
Prov. et fig., "Cet homme est bien de son ," Il est bien simple, bien crédule. "Vraiment vous êtes bien de votre , de croire"...



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois figurément. "Les modernes ont découvert dans les sciences de nouveaux , des inconnus. Il faut renvoyer cela au des chimères."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, populairement, Compatriote; et il fait au féminin, "Payse. C'est mon , c'est un de mes . Bonjour, . Elle est allée avec une de ses es."



1ère définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

["Pé-i": 1re "é" fer.] On écrivait autrefois "Pays", et on trouve encore cette ortographe dans quelques livres modernes: mais outre que ce n'est pas l'usage actuel, l'"i" sur-ajouté est fort inutile; parce que l'"y" fait fonction de deux "i", dont le 1er se joint à l'"a", pour former la diphtongue "ai" qu' on prononce "é" et le 2d a son propre son. C'est comme si l'on écrivait "paiïs".
- 1°. "Région", contrée, province: 'Bon ou beau "pays". '"Pays" grâs, riche "ou" maigre, méchant "pays". 'Courir, batre, reconaître "le ". 'Aller par "le ". 'Il "a" bien "vu", bien "batu du ". L'"Acad." dit aussi: "il a bien fait du ". J'ose douter que cette dernière expression soit de l'usage actuel.
- 2°. "Patrie", lieu de la naissance. '"Pays" natal: "pays" étranger. '"De" quel "pays" êtes-vous? Ils sont "du" même "pays". 'Aimer, défendre "son ". 'Mourir, se sacrifier pour "son ". = En style "familier", on dit, absolument, "le ". 'Écrire "au ". Recevoir des nouvelles "du ". Retourner "au ", etc. Le P. "Bouhours" remarque qu'en parlant à des gens, qui sont du même que nous, nous pouvons dire, "notre "; mais qu'en parlant à d'autres, il faut dire, "mon ".
- 3°. Quelquefois il ne signifie que "lieu:" 'Quel "pays" est celui-ci, dit-on, en parlant de la Cour. 'Les façons de "ce -là" (du chaufoir ou foyers de la comédie) me confondirent, etc. MARIV.
- 4°. * Le peuple dit, "mon ", "ma e" pour, mon, "ou" ma compatriote.
- 5°. On dit "figurément" (st. famil.) "Gâgner du " ou "du terrein". Faire des progrês: le 2d est moins bâs. 'Ils "gâgnent" visiblement "du " parmi vous. "Anon." = On dit au propre, "gâgner ", "avancer " sans article, pour dire "avancer chemin". On le dit aussi proverbialement. * Cette expression est bâsse et peu digne du style de l'Histoire. 'Ne pouvant "gâgner " qu'à la pointe de l'épée. "Anon." = "Faire voir du ", beaucoup de chôses":" 'Ces traits insinuans, qui conduisent l'esprit du lecteur d'objet en objet, et qui lui font "voir du " sans se lasser. "P. Rapin".
- L'expression n'est pas fort noble.
- "Faire voir du à" quelqu'un, c'est aussi lui susciter des afaires. = "Batre du ;" traiter beaucoup de sujets diférens. = "Savoir la carte du "; conaître ceux, avec qui l'on a à vivre.
- "Être en de conaissance", parmi des gens de sa conaissance. = "Il est bien de son de croire que", etc. il est bien simple de croire, etc. = "Pays de cocagne", Voy. COCAGNE. = "Pays perdu", se dit plus souvent au figuré qu'au propre; mais il n'est pas du beau style. 'La gloire des "Stuarts", qui remonte par la succession des Rois d'Écosse jusqu'à l'obscurité de ces tems, qui sont "les perdus" et les terres inconûes de l'Histoire. "Mascaron". Cela ne plairait pas aujourd'hui dans une Oraison Funèbre. Voy. PERDU. = On n'emploirait pas non plus dans une Tragédie, comme a fait "Corneille", le mot de "Pays" pour celui de "Patrie".
   Si mon zèle "au " vous semble criminel.
       "Horace".
Il veut dire, mon zèle "pour la Patrie".
  Que "l'amour du ", que le pitié vous touche.
  Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche.
       "Cinna".
Voy. le n°. 2°.
"Pays-bas", c'est dans le style burlesque, le derrière. '"L'étui des Pays-bâs". GRESSET. Lutrin vivant.



2ème définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)



*PAYS, s. m. On écrivait aûtrefois "pays". Lisez "payis".






Emplacement dans le dictionnaire :

pavot cornu
payable
payant
payé
paye
payelle
payement
payen
payer

paysage
paysager
paysan
pda
peabody
péage
peage
peager
péager
péan
peau




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...rose, tu sais pourtant, seule dans le cristal, au milieu de la gerbe, aussi bien que les yeux rendre le coeur content. Un jour, contre le mur d'une porte gothique (j'errais en ce temps-là dans les pays du nord) rose, tu m'apparus très pâle et fantastique et frissonnante au vent plein de pluie et de mort. 2e LIVRE (V) Ce n'est pas vers l'azur que mon esprit s'envole : je pense à toi, plateau...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...ne m'abusent, qu'entre eux je passe avec le coeur léger, ô bonne lune, d'un petit oiseau ! Car, dans mon sang chaleureux, de ton frère à l'arc d'or je porte la fortune. De la marche normande au pays angevin, où la pomme est gaulée, où fermente le vin, chacun eût estimé sa valeur importune de n'entendre ma voix et que fût empêché mon plectre (honneur gallique) au luth trois fois touché. SYLVES,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...personne très intelligente et sensée, ne me proposait point un de ces mariages suivant les lois européennes qui enchaînent pour la vie. Elle était pleine d'indulgence pour les moeurs faciles de son pays, bien qu'elle s'efforçât souvent de les rendre plus correctes et plus conformes aux principes chrétiens. C'était donc simplement un mariage tahitien qui m'était offert. Je n'avais pas de motif bien...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...missionnaire protestant, et commit dans une même journée une série d'horreurs sanguinaires qui ne pourraient s'écrire, même en latin... 1ère PARTIE, XXXV ... qui peut dire où réside le charme d'un pays ? ... qui trouvera ce quelque chose d'intime et d'insaisissable que rien n'exprime dans les langues humaines ? Il y a dans le charme tahitien beaucoup de cette tristesse étrange qui pèse sur toutes...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...de coquillage, comme des tritons antiques ; cela était vivant et original, simple et primitif comme une scène des premiers âges du monde... dès l'aube, le lendemain, nous nous remîmes en route... le pays autour de nous devenait plus grandiose et plus sauvage. -nous suivions sur le flanc de la montagne un sentier unique, d'où la vue dominait toute l'immensité de la mer, -çà et là des îlots bas,...


Autres Recherches
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici


Accès direct à ptidico.com: cliquez ici...